Ventilation à pression positive à deux niveaux et APRV en soins intensifs : principes, applications cliniques et données actuelles
2026,07,21

Introduction : optimiser la protection pulmonaire et la synchronisation patient–ventilateur en soins intensifs modernes

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Cet article s’adresse aux professionnels de santé et présente une vue d’ensemble des principes de ventilation, des applications cliniques et des considérations couramment rapportées concernant le réglage des paramètres. Les réglages du ventilateur doivent toujours être individualisés en fonction de l’état du patient, de la mécanique respiratoire, des protocoles de l’établissement et du jugement clinique.


Les ventilateurs modernes de soins intensifs doivent concilier assistance respiratoire et protection pulmonaire grâce à un contrôle précis de la pression, à un déclenchement adaptatif et à des capacités avancées de monitorage, afin de répondre aux besoins variés des patients en état critique. Face à des pathologies respiratoires de plus en plus complexes — notamment les exacerbations aiguës de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), le syndrome de détresse respiratoire aiguë (SDRA), le syndrome obésité-hypoventilation (SOH) et d’autres formes d’insuffisance respiratoire aiguë — l’enjeu ne se limite pas à améliorer l’oxygénation ou l’élimination du dioxyde de carbone. Il est tout aussi essentiel de réduire au minimum les lésions pulmonaires induites par la ventilation mécanique (VILI), de préserver le confort du patient et de favoriser une synchronisation patient–ventilateur efficace.


Pour répondre à ces exigences cliniques, les ventilateurs modernes de soins intensifs ont largement dépassé les modes conventionnels à volume contrôlé et à pression contrôlée. Les stratégies avancées de ventilation à objectif de pression offrent désormais une plus grande souplesse en autorisant la respiration spontanée tout en maintenant des pressions stables dans les voies aériennes. Parmi elles, la ventilation à pression positive à deux niveaux (bilevel PAP) et la ventilation avec relâchement de pression des voies aériennes (APRV) sont largement utilisées chez des populations de patients sélectionnées, chacune répondant à des objectifs cliniques distincts selon la physiologie respiratoire et les objectifs thérapeutiques.


Bien que les fabricants de ventilateurs puissent employer des appellations propriétaires différentes pour les modes de ventilation à deux niveaux, les principes physiologiques sous-jacents sont similaires. Ces stratégies utilisent deux niveaux prédéfinis de pression dans les voies aériennes tout en autorisant la respiration spontanée pendant la majeure partie, voire la totalité, du cycle respiratoire, ce qui favorise le recrutement alvéolaire, réduit le travail respiratoire et peut améliorer les échanges gazeux.


La compréhension du fondement physiologique, du choix des paramètres, de l’interprétation des courbes ventilatoires et des indications cliniques de ces stratégies est essentielle pour optimiser l’assistance respiratoire des patients en état critique. Cet article passe en revue les principes de la ventilation bilevel PAP et de l’APRV, tout en abordant l’ajustement pratique des paramètres et leurs applications cliniques à la lumière des données actuelles et des technologies modernes de ventilation en soins intensifs.


1. Comprendre la ventilation à pression positive à deux niveaux

La ventilation à pression positive à deux niveaux (bilevel PAP) est une stratégie de ventilation à objectif de pression qui alterne entre deux niveaux prédéfinis de pression dans les voies aériennes, tout en autorisant la respiration spontanée pendant l’ensemble du cycle respiratoire.


Contrairement à la ventilation conventionnelle avec aide inspiratoire, qui n’apporte une assistance que pendant l’inspiration spontanée, la ventilation à deux niveaux maintient une pression positive continue dans les voies aériennes à deux niveaux de pression différents :


  • Pression élevée dans les voies aériennes (PHigh), afin de favoriser le recrutement alvéolaire et d’améliorer l’oxygénation

  • Pression basse dans les voies aériennes (PLow), afin de faciliter l’expiration et l’élimination du dioxyde de carbone


La respiration spontanée étant autorisée à chacun des deux niveaux de pression, la ventilation à deux niveaux peut améliorer le confort du patient, préserver l’activité diaphragmatique et optimiser le rapport ventilation/perfusion.


1.1 Terminologies différentes utilisées par les fabricants de ventilateurs

Une source fréquente de confusion en pratique clinique tient au fait que les fabricants de ventilateurs emploient des appellations propriétaires ou spécifiques à leur plateforme pour désigner des modes reposant sur des principes physiologiques similaires.


Exemples :


Appellations spécifiques aux fabricants pour les modes de ventilation à deux niveaux


  • Pression positive biphasique dans les voies aériennes

  • BiLevel

  • DuoPAP

  • Autres appellations propriétaires de modes ventilatoires


Malgré les différences terminologiques, nombre de ces modes reposent sur le même principe fondamental : alterner entre deux niveaux prédéfinis de pression dans les voies aériennes tout en autorisant la respiration spontanée.


Dans l’ensemble de cet article, le terme générique « ventilation à pression positive à deux niveaux (bilevel PAP) » est utilisé lorsqu’il est question de la stratégie ventilatoire sous-jacente, et non d’une implémentation propre à un fabricant.


1.2 Principes physiologiques fondamentaux

Quelle que soit la nomenclature utilisée, la ventilation à deux niveaux se caractérise par quatre paramètres principaux :


  • PHigh – niveau de pression élevée dans les voies aériennes

  • PLow – niveau de pression basse dans les voies aériennes

  • THigh – durée passée au niveau de pression élevée

  • TLow – durée passée au niveau de pression basse


Ensemble, ces paramètres déterminent le recrutement pulmonaire, l’efficacité ventilatoire, l’oxygénation, l’élimination du dioxyde de carbone et la synchronisation patient–ventilateur.


Comparée à la ventilation contrôlée conventionnelle, la ventilation à deux niveaux présente plusieurs avantages physiologiques :


  • Recrutement alvéolaire continu

  • Réduction du collapsus alvéolaire cyclique

  • Préservation de la respiration spontanée

  • Diminution du travail respiratoire

  • Amélioration du rapport ventilation/perfusion (V/Q)


Réduction potentielle des besoins en sédation grâce au maintien de la respiration spontanée et à l’amélioration du confort chez des patients correctement sélectionnés


Bien que la ventilation à deux niveaux et l’APRV reposent toutes deux sur une commutation cyclée dans le temps entre deux niveaux prédéfinis de pression dans les voies aériennes et partagent des paramètres fondamentaux similaires (PHigh, PLow, THigh et TLow), leurs objectifs cliniques et leurs modalités de mise en œuvre diffèrent.


La ventilation conventionnelle à deux niveaux est généralement utilisée pour fournir une aide inspiratoire, améliorer la ventilation et accroître le confort du patient en autorisant la respiration spontanée aux deux niveaux de pression. À l’inverse, l’APRV est principalement conçue comme une stratégie de recrutement alvéolaire maintenant une pression élevée prolongée dans les voies aériennes pendant la majeure partie du cycle respiratoire, avec de brèves phases de relâchement destinées à faciliter l’élimination du dioxyde de carbone, tout en préservant la respiration spontanée lorsque la situation clinique le permet.


L’APRV ne doit donc pas être considérée comme une simple ventilation à deux niveaux avec un THigh prolongé. Il s’agit d’une stratégie ventilatoire distincte, fondée sur une approche physiologique différente du recrutement pulmonaire, de la mécanique respiratoire et de la prise en charge du patient.


1.3 Relation entre la bilevel PAP en VNI et la ventilation invasive à deux niveaux en soins intensifs

Bien que les termes « bilevel PAP » et « ventilation à deux niveaux » soient souvent employés de manière interchangeable dans les discussions cliniques, ils peuvent désigner des applications différentes selon le contexte ventilatoire.


En ventilation non invasive (VNI), la bilevel PAP désigne généralement une aide en pression délivrée au moyen d’une interface patient, telle qu’un masque nasobuccal ou nasal. Les paramètres couramment utilisés sont la pression positive inspiratoire (IPAP) et la pression positive expiratoire (EPAP). La différence entre l’IPAP et l’EPAP détermine le niveau d’aide inspiratoire et influence principalement le volume courant et l’élimination du dioxyde de carbone.


En ventilation mécanique invasive au moyen d’un ventilateur de soins intensifs, les modes à deux niveaux sont généralement décrits à l’aide de paramètres tels que la pression élevée dans les voies aériennes (PHigh), la pression basse dans les voies aériennes (PLow), la durée au niveau de pression élevée (THigh) et la durée au niveau de pression basse (TLow). Ces modes autorisent la respiration spontanée tout en alternant entre deux niveaux de pression contrôlés délivrés par une voie aérienne artificielle.


Bien que les deux approches utilisent deux niveaux de pression, leurs objectifs cliniques diffèrent. La bilevel PAP en VNI vise principalement à fournir une assistance ventilatoire et à réduire le travail respiratoire sans intubation, tandis que la ventilation invasive à deux niveaux est destinée aux patients en état critique nécessitant une assistance respiratoire avancée, notamment en présence d’une mécanique pulmonaire complexe ou d’une insuffisance respiratoire sévère.


Il est important de comprendre cette distinction, car une terminologie similaire peut correspondre à des fonctions ventilatoires différentes selon l’environnement clinique et la plateforme de ventilation.


2. Ventilation non invasive bilevel PAP : applications cliniques et réglages initiaux

La ventilation non invasive (VNI utilisant la bilevel PAP) est devenue une stratégie thérapeutique de référence dans l’insuffisance respiratoire aiguë hypercapnique et dans certains cas d’insuffisance respiratoire aiguë hypoxémique.


Au lieu de délivrer la ventilation par une voie aérienne artificielle, la VNI fournit une aide en pression au moyen d’une interface nasobuccale ou nasale correctement ajustée, tout en préservant les mécanismes naturels de défense des voies aériennes.


Dans ce contexte :


  • La pression positive inspiratoire (IPAP) fournit l’assistance inspiratoire.

  • La pression positive expiratoire (EPAP) maintient le volume pulmonaire en fin d’expiration et prévient le collapsus alvéolaire.

  • L’aide inspiratoire (PS) correspond à la différence entre l’IPAP et l’EPAP.


Formule :

Aide inspiratoire = IPAP − EPAP


Une aide inspiratoire plus élevée augmente généralement le volume courant et l’élimination du dioxyde de carbone, tandis que l’EPAP améliore principalement l’oxygénation en augmentant la capacité résiduelle fonctionnelle (CRF) et en maintenant le recrutement alvéolaire.


2.1 Plages de réglages initiaux couramment utilisées

Les valeurs ci-dessous correspondent à des plages initiales fréquemment rapportées en pratique clinique et ne constituent pas des recommandations universelles. Les réglages initiaux doivent toujours être individualisés en fonction de la mécanique respiratoire, des gaz du sang, du confort du patient et des protocoles de l’établissement.


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Plutôt que d’appliquer des valeurs numériques fixes, les cliniciens doivent individualiser les réglages du ventilateur en fonction de la mécanique respiratoire, des gaz du sang, de l’analyse des courbes ventilatoires et de la réponse globale du patient.


2.2 Principales indications cliniques

Les recommandations internationales actuelles reconnaissent la ventilation bilevel PAP comme une stratégie efficace d’assistance respiratoire non invasive chez des patients correctement sélectionnés.


Exacerbation aiguë de BPCO

L’insuffisance respiratoire aiguë hypercapnique due à une BPCO demeure l’indication de la ventilation non invasive bilevel PAP bénéficiant du niveau de preuve le plus solide.


De grands essais contrôlés randomisés et les recommandations internationales ont montré de manière constante qu’une ventilation non invasive correctement mise en œuvre peut réduire le recours à l’intubation endotrachéale, raccourcir la durée d’hospitalisation et améliorer les résultats cliniques chez certains patients présentant une insuffisance respiratoire aiguë hypercapnique secondaire à une BPCO.


Œdème aigu pulmonaire cardiogénique

Chez les patients présentant un œdème pulmonaire cardiogénique, la pression positive dans les voies aériennes favorise le recrutement alvéolaire, réduit la précharge et la postcharge et diminue le travail respiratoire.


Comparée à la pression positive continue (CPAP) seule, la ventilation bilevel PAP peut apporter une assistance ventilatoire supplémentaire chez les patients présentant une hypercapnie concomitante ou une fatigue importante des muscles respiratoires.


Patients immunodéprimés

Chez certains patients immunodéprimés présentant une insuffisance respiratoire aiguë, l’instauration précoce d’une assistance respiratoire non invasive peut réduire le recours à l’intubation endotrachéale et les complications infectieuses qui lui sont associées, à condition d’assurer une surveillance étroite et de respecter des critères appropriés d’escalade thérapeutique.


Insuffisance respiratoire postopératoire

Après une chirurgie thoracique ou abdominale majeure, certains patients soigneusement sélectionnés présentant une insuffisance respiratoire postopératoire peuvent bénéficier d’une ventilation bilevel PAP afin d’améliorer l’expansion pulmonaire, de réduire l’atélectasie et de diminuer le risque de réintubation.


Une sélection rigoureuse des patients et une réévaluation continue restent toutefois indispensables afin de ne pas retarder la ventilation mécanique invasive lorsqu’elle est cliniquement indiquée.


3. Ventilation avec relâchement de pression des voies aériennes (APRV) : une stratégie avancée de recrutement pulmonaire

La ventilation avec relâchement de pression des voies aériennes (APRV) est une stratégie avancée de ventilation à objectif de pression conçue pour maximiser le recrutement alvéolaire tout en préservant, lorsque cela est possible, la respiration spontanée.


Contrairement à la ventilation mécanique conventionnelle, l’APRV maintient les poumons à une pression élevée prolongée dans les voies aériennes pendant la majeure partie du cycle respiratoire, avec seulement de brèves phases de relâchement afin de faciliter l’élimination du dioxyde de carbone. Cette approche vise à améliorer l’oxygénation, à réduire le collapsus alvéolaire cyclique et à favoriser une ventilation protectrice chez certains patients présentant un SDRA modéré à sévère.


Lorsque la respiration spontanée est préservée, l’APRV peut également améliorer la fonction diaphragmatique, optimiser le rapport ventilation/perfusion et réduire le recours à une sédation profonde.


Bien que de nombreuses études aient mis en évidence des avantages physiologiques de l’APRV, les recommandations internationales actuelles la considèrent généralement comme une stratégie alternative ou de recours, plutôt que comme un substitut à la ventilation protectrice conventionnelle.


3.1 Principes physiologiques de l’APRV

L’APRV utilise les quatre mêmes paramètres fondamentaux que la ventilation à deux niveaux :


  • PHigh – niveau de pression élevée dans les voies aériennes

  • PLow – niveau de pression basse dans les voies aériennes

  • THigh – durée passée au niveau de pression élevée

  • TLow – durée passée au niveau de pression basse


Bien que l’APRV partage plusieurs caractéristiques techniques avec la ventilation en pression à deux niveaux, sa philosophie thérapeutique est différente. Au lieu de simplement alterner entre deux niveaux de pression, l’APRV vise à maximiser le recrutement alvéolaire en maintenant le poumon à une pression continue relativement élevée pendant la majeure partie du cycle respiratoire, tout en n’autorisant que de brèves phases de relâchement afin de faciliter l’élimination du dioxyde de carbone. Lorsque la situation clinique le permet, la respiration spontanée est encouragée pendant les deux phases de pression afin de maintenir l’activité des muscles respiratoires et d’améliorer l’interaction patient–ventilateur.


Cette stratégie produit trois effets physiologiques importants :


Recrutement alvéolaire prolongé

Le maintien des poumons à une pression élevée pendant plusieurs secondes permet aux alvéoles instables de rester ouvertes, améliorant ainsi l’oxygénation tout en limitant les ouvertures et fermetures répétées des unités alvéolaires.


Brève phase de relâchement de pression facilitant la ventilation et l’élimination du CO₂

Un bref relâchement vers PLow permet une expiration partielle et l’élimination du dioxyde de carbone sans autoriser un collapsus pulmonaire complet.


Ce principe distingue l’APRV de la ventilation contrôlée traditionnelle, dans laquelle l’expiration occupe une proportion beaucoup plus importante du cycle respiratoire.


Préservation de la respiration spontanée

Lorsque la situation clinique le permet, la respiration spontanée est encouragée pendant les deux phases de pression.


Le maintien de la respiration spontanée, lorsque cela est cliniquement approprié, peut apporter plusieurs bénéfices physiologiques :


  • Amélioration de la distribution ventilation/perfusion

  • Maintien de l’activité diaphragmatique et réduction de la faiblesse des muscles respiratoires liée à leur désadaptation

  • Amélioration de l’interaction patient–ventilateur

  • Réduction potentielle du recours à une sédation profonde chez certains patients


Les effets de la respiration spontanée sur la fonction cardiovasculaire peuvent varier selon la pression intrathoracique, la mécanique pulmonaire et l’état hémodynamique global.


3.2 Plages de réglages initiaux couramment rapportées

Les plages suivantes correspondent à des valeurs initiales fréquemment rapportées en pratique clinique et non à des recommandations fixes.


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En APRV, le choix de PHigh ne doit pas reposer sur une valeur numérique unique. Les cliniciens doivent prendre en compte la réponse de l’oxygénation, la mécanique respiratoire, la compliance de la paroi thoracique, le volume courant spontané et les risques potentiels associés à une pression excessive dans les voies aériennes.


Il convient de noter que le choix des paramètres de l’APRV varie selon les établissements, les plateformes de ventilation et l’expérience des cliniciens. Par exemple, certains protocoles publiés d’APRV débutent avec une PLow réglée à 0 cmH₂O ou à une valeur proche, associée à une phase de relâchement courte, tandis que d’autres cliniciens peuvent sélectionner une PLow plus élevée selon la mécanique respiratoire, les besoins en oxygénation, les caractéristiques du débit expiratoire et les pratiques de l’établissement. PLow doit donc être considérée comme un paramètre propre au patient, et non comme une valeur universelle fixe.


Les réglages du ventilateur doivent toujours être individualisés en fonction de la mécanique respiratoire, des échanges gazeux, de l’état hémodynamique et de l’analyse continue des courbes ventilatoires.


3.3 Ajustement précis de TLow : le réglage le plus critique en APRV

Parmi tous les paramètres de l’APRV, TLow est généralement considéré comme le plus important pour assurer une protection pulmonaire efficace.


Si TLow est excessivement long, un volume pulmonaire trop important peut être perdu pendant l’expiration, entraînant un dérecrutement alvéolaire.


À l’inverse, si TLow est trop court, une élimination insuffisante du dioxyde de carbone peut entraîner une hypercapnie progressive.


Plutôt que de s’appuyer uniquement sur des valeurs numériques prédéfinies, de nombreux cliniciens expérimentés individualisent TLow en analysant la courbe du débit expiratoire. Une approche fréquemment décrite consiste à interrompre la phase de relâchement lorsque le débit expiratoire a diminué jusqu’à environ 50 à 75 % du débit expiratoire de pointe, bien que la cible optimale puisse varier selon la mécanique respiratoire, la gravité de la maladie, l’activité respiratoire spontanée et les pratiques de l’établissement.


Interprétation des courbes ventilatoires

TLow approprié


  • Le débit expiratoire est interrompu avant la vidange pulmonaire complète

  • Le volume pulmonaire de fin d’expiration est maintenu

  • L’oxygénation reste stable et l’élimination du CO₂ est acceptable

  • Absence de signe de piégeage gazeux significatif


TLow excessivement long

Les constatations cliniques peuvent inclure :


  • Retour complet du débit expiratoire à la ligne de base avant la fin de la phase de relâchement

  • Perte du volume pulmonaire de fin d’expiration

  • Augmentation du dérecrutement alvéolaire

  • Risque de détérioration de l’oxygénation


TLow excessivement court

Les conséquences potentielles comprennent :


  • Réduction de l’élimination du CO₂ en raison d’un volume de relâchement insuffisant

  • Hypercapnie progressive

  • Augmentation de la pression dans les voies aériennes en raison d’un relâchement incomplet de la pression

  • Inconfort possible du patient ou asynchronie patient–ventilateur


L’interprétation des courbes ventilatoires doit donc guider l’ajustement des paramètres, plutôt que le recours exclusif à des durées prédéfinies.


3.4 Stratégie pratique de sevrage de l’APRV

Le sevrage réussi de l’APRV repose généralement sur une réduction progressive de l’assistance ventilatoire tout en préservant la respiration spontanée.


Plusieurs stratégies de sevrage ont été décrites dans la littérature. Une approche couramment adoptée comprend les quatre étapes suivantes, bien que les protocoles puissent varier selon les établissements.


Étape 1 – Stabilisation

Maintenir une oxygénation adéquate au moyen d’une PHigh relativement élevée et d’un THigh prolongé, tout en veillant au confort du patient et à des échanges gazeux acceptables.


Étape 2 – Réduction progressive de PHigh

À mesure que l’oxygénation s’améliore, diminuer progressivement PHigh, généralement par paliers d’environ 2 cmH₂O, tout en maintenant un recrutement pulmonaire adéquat.


Étape 3 – Allongement progressif de THigh

L’augmentation de THigh réduit la fréquence des phases de relâchement, permettant au patient d’assurer une proportion croissante de la ventilation spontanée.


Étape 4 – Transition vers une ventilation assistée conventionnelle

Lorsque les pressions dans les voies aériennes et les besoins en oxygène ont suffisamment diminué, le patient peut être placé sous ventilation avec aide inspiratoire (PSV) ou sous un autre mode de respiration spontanée, avant la réalisation d’une épreuve de ventilation spontanée (SBT) conformément aux protocoles de l’établissement.


4. Comparaison de la ventilation bilevel PAP, de l’APRV et de la ventilation protectrice conventionnelle


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Données actuelles

Bien que l’APRV présente plusieurs avantages physiologiques — notamment un recrutement alvéolaire prolongé, la préservation de la respiration spontanée et une amélioration potentielle de l’interaction patient–ventilateur — les données cliniques disponibles restent insuffisantes pour démontrer une supériorité nette par rapport aux stratégies conventionnelles de ventilation protectrice sur les principaux critères de jugement centrés sur le patient.


Des études cliniques et des méta-analyses ont rapporté des bénéfices potentiels concernant l’oxygénation, la mécanique respiratoire et les besoins en sédation. Toutefois, les différences entre les protocoles d’APRV, la sélection des patients, l’expérience des cliniciens et les méthodologies d’étude limitent la possibilité de tirer des conclusions définitives quant à une réduction de la mortalité ou à une amélioration constante des résultats à long terme.


Par conséquent, les recommandations internationales contemporaines continuent de préconiser la ventilation à faible volume courant comme stratégie de première intention chez la plupart des patients présentant un SDRA, sur la base de données établies montrant une réduction de la mortalité par rapport aux approches utilisant des volumes courants traditionnels. L’APRV peut être envisagée comme stratégie alternative chez certains patients, notamment dans des centres expérimentés disposant de capacités de monitorage appropriées.


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5. Optimiser la synchronisation patient–ventilateur pendant la ventilation à deux niveaux

La synchronisation patient–ventilateur joue un rôle déterminant dans l’efficacité de la ventilation mécanique. Une mauvaise synchronisation peut augmenter le travail respiratoire, altérer le confort du patient, prolonger la durée de ventilation mécanique et accroître potentiellement les besoins en sédation.


Les ventilateurs modernes de soins intensifs utilisent des algorithmes avancés de déclenchement, des technologies de compensation des fuites et des outils de monitorage des courbes ventilatoires afin d’aider les cliniciens à identifier et à corriger en temps réel les problèmes de synchronisation.


5.1 Difficultés courantes de synchronisation pendant la ventilation non invasive bilevel PAP

Fuite au masque et cyclage retardé

Les fuites au niveau du masque figurent parmi les causes les plus fréquentes d’inefficacité de la ventilation non invasive.


Une fuite excessive peut perturber la détection du débit inspiratoire et retarder le passage de l’inspiration à l’expiration. Le patient peut alors tenter d’expirer alors que la pression inspiratoire est encore délivrée, ce qui entraîne un inconfort et une mauvaise synchronisation.


Les interventions recommandées comprennent :


  • Amélioration de l’ajustement du masque et du choix de l’interface

  • Ajustement de la sensibilité de cyclage


Utilisation, lorsqu’elle est disponible, de la fonction de compensation des fuites du ventilateur


Auto-déclenchement

Des fuites importantes, des mouvements excessifs du circuit ou la présence de condensation peuvent générer de faux signaux de déclenchement et provoquer des insufflations inutiles du ventilateur.


Les mesures correctives possibles comprennent :


  • Augmentation appropriée du seuil de sensibilité du déclenchement

  • Élimination de l’excès de condensat dans le circuit respiratoire

  • Vérification de l’absence de fuite au niveau des tubulures et des interfaces patient


Aide inspiratoire excessive

Une aide inspiratoire excessive peut générer des volumes courants supérieurs aux besoins cliniques, augmentant l’inconfort du patient et réduisant son effort respiratoire spontané.


La prise en charge consiste généralement à réduire progressivement l’aide inspiratoire tout en surveillant en continu le volume courant, la fréquence respiratoire, le confort du patient et les gaz du sang artériel.


5.2 Considérations relatives à la synchronisation pendant l’APRV

La respiration spontanée étant encouragée pendant l’APRV, une analyse rigoureuse des courbes ventilatoires reste indispensable.


Expiration incomplète

Un TLow excessivement court peut empêcher une expiration suffisante, entraînant un piégeage gazeux progressif et une pression expiratoire positive intrinsèque (auto-PEP).


Dans cette situation, les cliniciens doivent réévaluer :


  • La durée de TLow

  • Le niveau de PHigh

  • La mécanique respiratoire

  • La courbe du débit expiratoire


Commande respiratoire excessive

Les patients présentant une détresse respiratoire sévère peuvent manifester des efforts inspiratoires ou expiratoires intenses malgré l’assistance du ventilateur.


Une asynchronie persistante doit conduire à réévaluer :


  • La sédation et l’analgésie

  • Les réglages des paramètres du ventilateur

  • L’évolution de la pathologie sous-jacente

  • Le confort du patient et la commande respiratoire


L’optimisation de la synchronisation nécessite d’intégrer l’évaluation clinique et l’interprétation continue des courbes ventilatoires, plutôt que de s’appuyer uniquement sur les valeurs numériques des paramètres du ventilateur.


6. Applications cliniques de la ventilation à deux niveaux

6.1 Exacerbation aiguë de BPCO

L’exacerbation aiguë de BPCO compliquée d’une insuffisance respiratoire hypercapnique demeure l’indication de la ventilation non invasive bilevel PAP bénéficiant du niveau de preuve le plus solide.


Une instauration précoce chez des patients correctement sélectionnés a constamment permis de réduire :


  • Le recours à l’intubation endotrachéale

  • Les échecs thérapeutiques nécessitant une intensification de l’assistance respiratoire

  • La mortalité hospitalière dans certaines populations de patients

  • Les complications associées à la ventilation mécanique invasive


Les réglages initiaux de la VNI doivent être individualisés en fonction de la gravité de l’insuffisance respiratoire, du degré d’hypercapnie, de la tolérance du patient, de la mécanique respiratoire et de la réponse clinique.


Les réglages initiaux typiques peuvent comprendre :


  • IPAP : 12–16 cmH₂O

  • EPAP : 4–6 cmH₂O

  • Fréquence respiratoire de secours : 10–12 cycles/min


L’oxygénothérapie complémentaire doit être titrée avec précaution afin d’atteindre la plage cible recommandée de saturation en oxygène, tout en évitant une exposition excessive inutile à l’oxygène, notamment chez les patients présentant une insuffisance respiratoire hypercapnique chronique.


6.2 Syndrome obésité-hypoventilation (SOH)

Les patients atteints d’un syndrome obésité-hypoventilation présentent fréquemment un syndrome d’apnées obstructives du sommeil associé à une insuffisance respiratoire hypercapnique chronique.


La ventilation bilevel PAP peut améliorer :


  • La ventilation alvéolaire

  • L’élimination du dioxyde de carbone

  • La qualité du sommeil

  • Les symptômes diurnes


Les paramètres thérapeutiques doivent être individualisés en fonction de la mécanique respiratoire, des échanges gazeux et, lorsqu’ils sont disponibles, des résultats de l’étude du sommeil.


6.3 Maladies neuromusculaires

Les patients atteints de maladies neuromusculaires telles que la sclérose latérale amyotrophique (SLA), l’amyotrophie spinale (SMA) ou les dystrophies musculaires peuvent bénéficier d’une assistance ventilatoire non invasive au long cours.


Chez ces patients, la ventilation bilevel PAP vise à :


  • Réduire la charge de travail des muscles respiratoires

  • Améliorer la ventilation nocturne

  • Améliorer la qualité de vie

  • Retarder le recours à la ventilation invasive lorsque cela est cliniquement approprié


Les objectifs thérapeutiques doivent toujours être individualisés en fonction du stade de la maladie, des préférences du patient et de l’évaluation clinique multidisciplinaire.


7. Conclusion

La réussite de la ventilation mécanique ne repose pas uniquement sur le choix d’un mode ventilatoire approprié. L’obtention de résultats cliniques optimaux exige une intégration rigoureuse de la physiologie respiratoire, un ajustement individualisé des paramètres, une interprétation continue des courbes ventilatoires et une réévaluation régulière de la réponse du patient.


La ventilation à pression positive à deux niveaux constitue une stratégie efficace d’assistance respiratoire non invasive chez des patients soigneusement sélectionnés présentant une insuffisance respiratoire aiguë.


L’APRV offre une approche alternative de recrutement pulmonaire chez certains patients présentant un SDRA modéré à sévère, lorsqu’elle est mise en œuvre par des équipes expérimentées de soins intensifs. Une surveillance attentive du volume courant spontané, de l’effort respiratoire, de la mécanique respiratoire et de l’interaction patient–ventilateur reste essentielle.


Les ventilateurs modernes de soins intensifs, équipés d’un contrôle précis de la pression, de systèmes de déclenchement réactifs, d’un monitorage complet des courbes ventilatoires et de modes avancés de ventilation, permettent aux cliniciens d’individualiser l’assistance respiratoire dans un large éventail de situations de soins critiques.


Chenwei Medical propose des solutions de ventilation pour soins intensifs intégrant une technologie respiratoire fiable, une utilisation intuitive et des capacités avancées de monitorage afin de favoriser une prise en charge respiratoire individualisée. En associant l’innovation technique aux principes de soins respiratoires fondés sur les données disponibles, notre objectif est d’aider les professionnels de santé à mettre en œuvre des stratégies ventilatoires sûres et individualisées dans divers environnements de soins critiques.


Avertissement médical

Cet article est fourni uniquement à des fins éducatives et informatives. Il ne constitue pas un avis médical et ne doit pas se substituer au jugement clinique professionnel, aux protocoles de l’établissement ni aux recommandations fondées sur les données probantes. Les réglages du ventilateur doivent toujours être individualisés en fonction de l’état de chaque patient, de sa mécanique respiratoire et de l’évaluation de professionnels de santé qualifiés.


Avis relatif à la pratique clinique

Les plages de paramètres et les exemples cliniques présentés dans cet article correspondent à des pratiques couramment rapportées dans la littérature publiée et ne doivent pas être interprétés comme des recommandations universelles. Les réglages réels du ventilateur doivent toujours être déterminés par des professionnels de santé qualifiés en fonction des caractéristiques individuelles du patient et des recommandations cliniques en vigueur.


Avis relatif aux marques

Certaines appellations de modes ventilatoires mentionnées dans cet article peuvent être des marques déposées ou des désignations propriétaires appartenant à leurs titulaires respectifs.


Par exemple, BiPAP® est une marque déposée de Koninklijke Philips N.V. (ou de ses sociétés affiliées). D’autres appellations de modes ventilatoires mentionnées dans cet article peuvent également être des marques déposées ou des désignations propriétaires de leurs titulaires respectifs.


Ces appellations sont citées uniquement afin d’expliquer une terminologie clinique couramment utilisée. Leur mention n’implique aucune affiliation, approbation, promotion, commandite ni association avec les titulaires respectifs des marques. Sauf lorsqu’il est expressément fait référence à une terminologie définie par un fabricant, cet article utilise le terme générique « ventilation à pression positive à deux niveaux (bilevel PAP) ».


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